Service National Universel – Le dangereux glissement vers une citoyenneté à sens unique

Service National Universel – Le dangereux glissement vers une citoyenneté à sens unique
Service National Universel –  Le dangereux glissement vers une citoyenneté à sens unique

Le Service National Universel, annoncé dans ses grandes lignes la semaine dernière, « a pour finalité de favoriser la participation et l’engagement de chaque jeune dans la vie de la Nation, de valoriser la citoyenneté et le sentiment d’appartenance à une communauté rassemblée autour de ses valeurs, de renforcer la cohésion sociale et de dynamiser le creuset républicain ».

Ces finalités déconcertent, tant elles sont en décalage avec la situation des acteurs et des projets dont le rôle est justement de soutenir l’engagement des jeunes, de contribuer à une citoyenneté vivante, terreau d’une cohésion sociale à l’échelle nationale.

Alors que le monde associatif est réellement exsangue (conséquence de la disparition des contrats aidés, de l’assèchement des financements publics locaux…), que nombre d’associations désertent certains territoires et renoncent à embaucher faute de moyens (laissant de ce fait leur mission citoyenne et sociale disparaître !), que le succès du Service Civique menace les financements d’associations d’éducation populaire, il y a quelque chose de profondément indécent dans le fait de pouvoir mobiliser 1,5 milliards d’euros par an avec une telle facilité. « Le fait associatif est partout, plébiscité par les citoyens. Il constitue souvent le fil invisible qui tient la Nation. Il est aujourd’hui temps de le reconnaitre » est ainsi l’un des principaux chapeaux du rapport « Pour une politique de vie associative ambitieuse et le développement d’une société de l’engagement », remis au Premier Ministre le 8 juin dernier. Proposition : et si ces milliards étaient plutôt consacrés à la mise en œuvre concrète de ce Rapport, qui fourmille de bonnes idées ?

Au-delà des problèmes de financement, les représentants des organisations de jeunesse s’étranglent face à la partie obligatoire du SNU (appelée à durer 2 fois 15 jours) : ils ont raison ! Le principe-même du dispositif pose problème : l’engagement, la citoyenneté, ne se décrètent pas d’en haut comme on donnerait un ordre militaire, c’est même tout au contraire un risque à prendre que de le croire. Le modèle d’action publique macronien, au volontarisme buldozer, peut peut-être fonctionner pour certains pans de la politique publique ; mais en matière de citoyenneté, c’est bien la complémentarité des acteurs et des approches qui est de mise. L’Etat doit résister à l’idée d’une citoyenneté unique et imposable avec force milliards et discours tonitruants. Tout au plus le rôle de l’Etat peut-il se cantonner à l’encourager (Service Civique !) et le valoriser (Loi Egalité Citoyenneté de 2016 est une mine à cet égard! ).

Et le Service Civique s’en tire plutôt bien dans cette complémentarité entre secteur associatifs et publics ; entre réponse à une aspiration d’engagement individuel et cohésion nationale : 135 000 jeunes s’y engagent chaque année, un chiffre ayant quadruplé en cinq ans, et il est devenu un marqueur générationnel pour tout jeune français des années 2010. Fondé sur l’engagement volontaire, universel, il n’a besoin que d’un dernier coup de pouce pour atteindre qualité, universalité et un vrai « brassage » de ses publics. Un coup de pouce financier et politique qui pourrait lui manquer avec l’arrivée du SNU ? Proposition : et si nous consacrions plutôt ces moyens pour réaffirmer notre soutien au Service Civique ?

 

Ainsi ce projet de SNU est révélateur au mieux, d’une méconnaissance des relais citoyens de notre pays et d’une perte de repères civiques ; au pire, il est révélateur d’un glissement dangereux. Alors que faire émerger un sentiment de citoyenneté dépend d’une alchimie si fine et si diverse, et qu’un contexte social apaisé en est le premier catalyseur ; le risque est ici celui du glissement : l’Etat, se positionnant comme le garant d’une citoyenneté à sens unique, à format unique. A l’heure où les associations luttent pour leur survie, que l’engagement en Service Civique doit être soutenu ; implanter ce vieux serpent de mer du Service National, maintenant, s’apparente à un caprice présidentiel dispendieux, en total décalage avec la situation du pays et les aspirations des jeunes, qui ne suscite quasiment que des réserves y-compris des premiers concernés.

 

Exemple pour l’ “avis des concernés” : les positions du Comité National des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire – http://www.cnajep.asso.fr/prises-de-position/2018/service-national-universel-comprendre-debattre-se-positionner.html
Et une tribune que j’avais publiée sur le sujet en février : http://www.vertetpasmure.fr/2018/02/26/un-service-national-universel-et-pourquoi-pas-le-service-civique/

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