Un Service National Universel ? Et pourquoi pas… le Service Civique !

Un Service National Universel ? Et pourquoi pas… le Service Civique !
Un Service National Universel ? Et pourquoi pas… le Service Civique !

Tribune « Opinions » parue dans Réforme n° 3742 – 22 février 2018

 

Un Service National Universel ? Et pourquoi pas… le Service Civique !

En lançant à un parterre de militaires, en mars 2017, qu’il souhaitait « rétablir » un « Service National obligatoire et universel », le candidat Macron s’inscrivait dans une longue continuité présidentielle… Car le serpent de mer n’en est pas à son premier louvoiement. Si aucun dispositif n’a immédiatement suivi l’arrêt du service militaire obligatoire en 1996, de multiples systèmes ont été expérimentés de manière plus ou moins heureuse depuis… Qui se souvient du « Service Civil Volontaire » du Président Sarkozy, du « Service Militaire Volontaire » du Président Hollande ? Qui connaît la « Réserve Citoyenne », amorcée par ce dernier, qui peine à démarrer ? L’idée va et vient, avec un écho variable- notons son succès particulier dans le « contexte post-attentats », où 80% des français se prononçaient pour le rétablissement du service militaire obligatoire.

Un Service National/Civil/Militaire/Citoyen […] tend en effet à chacun et chaque formation politique le miroir d’un engagement rassurant et à son image, levier de « sa » cohésion nationale. L’avatar actuel du Gouvernement vise à susciter « un moment de rencontre important entre la jeunesse d’un pays et la Nation », à « recréer du collectif » et « du vivre ensemble », selon B. Griveaux, son porte-parole. Qui s’élèverait contre ces louables intentions ?

Décidé à donner corps à l’idée, Martin Hirsch a lancé le Service Civique en 2010, un projet surprenant tant le consensus qui l’entoure est rare dans la politique française. La proximité entre ses objectifs et ceux que l’on prête au SNU est éloquente :

« Le Service Civique, c’est un engagement volontaire au service de l’intérêt général ouvert aux 16-25 ans. Accessible sans condition de diplôme, le Service Civique est indemnisé et s’effectue en France ou à l’étranger ». [Agence du Service Civique]

« Le Service Civique a pour objet de renforcer la cohésion nationale et la mixité sociale et offre à toute personne volontaire l’opportunité de servir les valeurs de la République et de s’engager en faveur d’un projet collectif en effectuant une mission d’intérêt général » [Code du Service National]

Le Service Civique est une politique solide, qui a atteint une belle maturité, dans laquelle investit largement la Nation puisqu’elle y consacre un budget croissant depuis 2010 (450 millions d’euros en 2018). 135 000 jeunes s’y engagent chaque année, un chiffre ayant quadruplé en cinq ans. S’il ambitionnait de contribuer à la cohésion nationale, le Service Civique est assurément une réussite. Son arbre généalogique permet de réconcilier en son sein patriotes nostalgiques du service militaire, et rebelles objecteurs de conscience… Jolie pirouette de l’histoire ! Qualifiée de « petit miracle républicain » par M. Hirsch, sa loi avait été votée à l’unanimité à l’Assemblée. Piloté de manière relativement indépendante, le Service Civique a acquis un statut suffisamment pérenne pour que l’on puisse désormais l’espérer prémuni des intérêts politiques, des soubresauts démocratiques, des effets de mode… Aujourd’hui, il est un marqueur générationnel phare pour les jeunes français, à l’instar du programme Erasmus, bien qu’il soit encore méconnu de leurs aînés.

Certes, avec l’âge de raison du Service Civique ont émergé des problèmes d’adulte. Un risque croissant de collusion avec l’emploi, a fortiori dans un contexte de fort chômage des jeunes et de gel des contrats aidés, qui a soumis nombre de structures -dont l’Etat- à la tentation de remplacer un salarié par un volontaire. Une dimension militante de l’engagement dont on peut craindre qu’elle se dilue, car toute massification entraîne le risque d’une perte de sens individuel…

François Hollande le voulait -lui aussi- « universel », les limites financières et pratiques le plafonnent aujourd’hui à 135 000 jeunes /an. Alors, la faisabilité économique du futur dispositif interroge. L’armée, l’éducation nationale, les associations, les pompiers, les anciens combattants, se renvoient la balle de son pilotage… Et le flottement des annonces actuelles, détonnant avec le style présidentiel, déconcerte.

 

Et si nous faisions plutôt de cette appétence durable pour l’engagement citoyen une occasion de réaffirmer l’attachement national au Service Civique ? Notre Service Civique actuel, pas si inébranlable qu’on aimerait le croire, nécessite de voir son financement sécurisé, comme l’a récemment rappelé la Cour des Comptes. Il mérite d’être musclé, pour préserver toute la portée citoyenne de l’engagement qu’il offre. Parmi les pistes à l’étude, le déploiement de grands programmes annuels, qui mobiliseraient les volontaires au service d’une « cause nationale », à laquelle pourraient s‘identifier les jeunes français. Une piste intéressante, au regard des objectifs poursuivis par le Gouvernement.

Plus généralement, il semblerait salutaire de renoncer à l’idée que « former des citoyens » se décrète, ou peut s‘incarner dans le « rétablissement » d’un dispositif normatif, aux effets fantasmés… Le débat est révélateur d’une perte de repères civiques : à qui échoit la mission de « former des citoyens » – expression récurrente dans ce débat, y-compris dans le récent rapport Guerel (LREM) et Dubois (LR)? A l’école ? L’armée ? Au monde associatif ? La réponse est à chercher du côté de la complémentarité, de la richesse d’un parcours entre différents lieux de formation. Le Service Civique, uni dans la grande diversité d’engagements qu’il permet de réaliser, répond plutôt bien à ce défi.

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