Le Péril Jeune

Le Péril Jeune
Le Péril Jeune

Il y a quelque temps, j’écrivais un article intitulé « Je suis une bande de jeunes à moi toute seule ». Force est de constater que la société semble avancer plus vite que le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine! Aujourd’hui, « les jeunes » montrent leurs pimpantes binettes sur de nombreuses affiches, on voit les partis dits « de gouvernement » afficher fièrement leurs fringants candidats, et « la jeunesse » devient un sujet politique médiatique suffisamment consistant à lui tout seul.

 

Vous, quand on vous dit « jeunesse », quels mots utiliseriez-vous pour qualifier cette période de la vie, germe d’une immanquable nostalgie à venir ? On entend innovation, énergie, spontanéité, courage, « fraîcheur » pour les jeunes femmes… « Incarner le renouvellement », parmi le top 5 actuel. Mais n’incarne pas le renouvellement qui veut. Pas le renouvellement des voies d’accès aux postes politiques, pas le coup de pied dans la fourmilière du vieux système politique, en tout cas.

Au-delà du projet politique en lui-même, je crains que le parcours de beaucoup de ces jeunes impétrants coche toutes les cases de ce qui a contribué à la méfiance si violente envers la politique, et « les » politiques, par nombre de nos camarades citoyens, aujourd’hui. Incarnent-ils vraiment le renouvellement, s’ils sont déjà -inconsciemment sans doute !- sur les rails du « tunnel », si bien décrit de l’intérieur par Michèle Delaunay (http://www.michele-delaunay.net/delaunay/blog/le-tunnel-ou-comment-faire-carriere-sans-mettre-un-pied-dans-la-vraie-vie ), dont l’on peut cocher quasi toutes les cases?

  • Le storytelling qui va bien : une lutte initiale (lycéenne par exemple ; le CPE, la Loi Fillon aujourd’hui, comme la Loi Devaquet hier, ou la loi « Travaille ! » demain – « Ah, l’inconscience de la jeunesse » !), faits d’arme passés au filtre sépia que l’on ressortira comme caution militante à chaque article biographique jusqu’à la fin de la carrière ; le parcours « pas facile », parfois extirpé au forceps d’un capital familial au contraire très favorable, qui donne le sens de la lutte pour « davantage de justice sociale » ; ou au contraire l’ancrage ancestral dans un « fief » dont l’on se fera le héraut sacrificiel ;
  • Le passage dans l’écurie des piliers du système : MJS, Jeunes Pop’ (souvenez-vous, tous ceux qui veulent changer le monde en LipDub), « Jeunes avec… » (bon, pour les Jeunes Avec Copé, exit le tunnel ! S’agit de bien viser !), qui agissent comme une puissante machine à formater du militant ;
  • L’aisance avec laquelle on se fond dans les codes politiques de Papa, comme on accepterait avec délectation d’accéder à la liberté pourtant si codifiée de la cour du collège, après la primaire. Oublier bien vite son habitus militant de colleur d’affiches avec le seau qui se renverse dans la voiture, les dimanches à écrire et réécrire des tracts, la course à 18h59 pour les récupérer avant la fermeture de la COREP, et toiser de son nouvel Olympe éblouissant ceux qui restent dans la cour ombragée des petits. Ne plus parler, mais s’ « exprimer en éléments de langage », en un bingo modulable : « Montée du populisme », « lutte pour nos valeurs », « entendre le message des citoyens »… Prendre l’air sérieux en le disant. Porter un costume/tailleur, mais à la cool hein, histoire de « faire jeune ». Ronronner en se travaillant une posture de « jeune leader/leadeuse de demain ». En somme, le manque absolu de résistance vis-à-vis du système, qui entretient la fascination par son univers grisant, et donne vite l’impression d’être au centre du monde. « Résister, en ce sens, est une ascèse, ce n’est pas facile », nous dit Alain Deneault

Repéré par un « leader d’aujourd’hui », marche suivante : un poste de « collab’ », ou mieux ! Une investiture pour une élection, sur un territoire plus ou moins familier. On se rappelle fort à propos ses origines provinciales. Une campagne pleine d’assurance fondée sur “l’écoute, la proximité et la cohérence”, en quatre semaines montre en main, s’agirait pas de louper le dernier train pour Paris. Discours d’une imposture parfaitement rodée qui parvient à faire croire que la politique est faite de court terme, et d’ « écoute »… une fois le programme écrit, un mois avant l’élection.

 

Bref, point de renouvellement en vue, hormis de look, et j’ai du mal à croire qu’il s’agisse là d’une douce illusion dans laquelle soient bercés ceux qui adoubent ces jeunes… Plutôt le « jeune-washing » d’un régime poussiéreux qui trouve là sa planche de salut, ces nouveaux arrivants n’étant en réalité que les faux nouveaux-nez du vieux système.

Non, moi, jeune femme, je considère que ces jeunes-là ne me représentent pas. C’est l’acte initial d’une prometteuse politique de vieux, dans une tête de jeune. Je connais des vieux bien plus jeunes que les jeunes qu’on met sur certaines affiches !

 

« Etre à l’écoute » ne doit pas être un élément de langage. Les femmes et les hommes politiques doivent passer d’ « écouter » à « entendre », au sens de prendre en compte, comprendre : entendre la volonté de renouvellement des voies d’accès aux positions de représentants politiques. Accepter le questionnement profond du pourquoi le vote Front National, du pourquoi une telle défiance envers le monde politique, en résistant à la facilité de l’hystérie médiatique qui crie au grand méchant loup pour toute réponse. Entendre la sincérité du ras-le-bol du vieux système, faire acte d’humilité en remettant en question ses pratiques décennales, et se réinventer.

Je pense que nous devons écouter la défiance, ne pas la nier, elle doit nous gêner, nous bousculer, nous pousser à proposer autre chose qui permette à la politique de jouer son rôle d’objet social commun.

Réconcilier l’engagement citoyen, associatif, professionnel, et l’engagement politique. Soutenir les initiatives locales qui émergent partout, issues pour beaucoup de notre génération, qui, plutôt que la résignation face à l’absence de probité de l’action politique, a souvent choisi l’action d’envergure locale comme premier pas pour changer le monde. Les circuits courts auto-gérés, le retour à la terre et aux savoirs manuels de nombre de jeunes trentenaires, leur préoccupation sincère et inventive pour l’animation des territoires ruraux, sont les signes d’un vrai frémissement de fond que l’on observe tout autour de nous, celui d’une génération prête à faire émerger un nouveau monde. Initialement incrédule, je me rends compte peu à peu que ce serait une erreur profonde de les réduire au statut de doux rêveurs clairsemés, et de minimiser leur impact sur l’avenir que nous dessinons.

Accepter le turn-over politique, la disparition d’une partie du système représentatif qui a construit le cadre dans lequel nous nous sentons en sécurité. Au contraire, favoriser la participation de tous-tes, une aspiration souvent réclamée, moins souvent transformée en actes, mais signe d’une envie à faire éclore. Redescendre de la cour des grands, vers une cour la cour égalitaire d’une école commune, où l’on reconnaîtrait l’égale capacité de chacun-e à prendre des décisions ayant trait à la part collective de nos vies. Croire en l’éducabilité politique de chacun, s’en donner les moyens.

Porter la jeunesse au pouvoir, ce n’est pas lui assigner la responsabilité de la survie d’un schéma archaïque, mais faire confiance au renouvellement qu’elle est capable de porter, et laisser la place à un nouveau modèle émergent qui ringardisera le précédent. La jeunesse doit, par principe, contribuer à la dialectique révolutionnaire de notre système démocratique : elle doit précipiter sa fin, pour mieux le reconstruire ensuite.

Sinon, ça sert à rien d’être jeune !

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