« La politique n’est pas un métier »… Comme les autres?

« La politique n’est pas un métier »… Comme les autres?
« La politique n’est pas un métier »… Comme les autres?

En septembre 2015, j’ai lancé la campagne électorale des élections régionales… Et ma recherche d’emploi! « A quoi bon? Tu vas être élue! » me disait un entourage bienveillant. Depuis, j’entends « À quoi bon, tu ES élue! » depuis ce fameux jour de décembre où ma vie a basculé.

Alors, certes, on ne s’ennuie pas quand on est élue. Si on cumule mandat et multiples casquettes associatives, voire – soyons fous !- vie de famille, on a même du mal à voir comment on pourrait en plus caser dans ces bien courtes journées de 24 heures une activité professionnelle. Il est à dire également que l’indemnité de mandat d’un conseiller régional (2100 euros desquels il faut déduire environ 350 euros de reversement mensuels au parti EELV, certains frais d’exercice du mandat, puis les impôts en fin d’année) permet de vivre beaucoup plus confortablement que lors de mes années étudiantes, dont le bric et broc ne manquait pourtant pas de charme.

Mais il est un peu surprenant de devoir rappeler aux mêmes qui dénoncent – bien à raison!- la professionnalisation de la politique, les élus « hors-sol » incapables de donner le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat, que la politique n’est pas un métier. Dépendre professionnellement, financièrement, psychologiquement, de la fonction d’élu, reviendrait à confondre intérêt personnel (mon travail, mon indemnité) et intérêt général (les citoyens, que je représente et au service de qui je me mets, pour un temps donné). S’ensuit un risque de « kidnapping du pouvoir » par quelques cumulards dans le temps, l’émergence de réflexes défensifs d’une caste privilégiée, empêchant l’accès à tout jeune prétendant… Et comment représenter fidèlement les citoyens, mes co-« jeunes », si je ne suis pas dans la même situation que beaucoup de 25-enaires, entre stages sous-payés, Service Civique, petits boulots alimentaires, et méandres de Pôle Emploi?

L’engagement de la jeunesse en politique semble aujourd’hui plébiscité par une large frange de la société, pour renouveler une classe politique dite vieillissante et encroûtée dans des pratiques de caste. Personne ne souhaite d’élus qui soient des professionnels de la politique, « hors sol » et alternant mandat après collaborateur de cabinet pour toute carrière. A cet égard, une tribune de Michèle Delaunay, députée socialiste, me semble proposer une analyse particulièrement juste (http://www.michele-delaunay.net/delaunay/blog/le-tunnel-ou-comment-faire-carriere-sans-mettre-un-pied-dans-la-vraie-vie ).

Enfin, une Déléguée régionale à la Vie associative et au Volontariat qui n’aurait aucune expérience du milieu associatif attirerait également à coup sûr les critiques -légitimes- des associations dépendantes de ses arbitrages.

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Bref, bien que candidate puis élue, foin de privilèges, comme tous les garçons et les filles de mon âge, je me mets en quête de Saint CDD, voire Saint CDI.

En premier lieu, ce qui fait la joie de tous les chercheurs d’emploi, les offres « correspondant parfaitement à vos critères » de Pôle Emploi laissent… sceptique. Si je vous dis « Education », « Formation », vous me proposeriez, vous, « fossoyeur »? « Conductrice d’engins poids lourds »? C’est un vrai catalogue à la Prévert de propositions, qui ouvrent des perspectives professionnelles exotiques, mais pour lesquelles je ne serais pas une candidate très appropriée! Bref, merci Pôle Emploi, mais… Moi, ma formation en « Politiques éducatives » et les employeurs, #OnVautMieuxQueCa, comme dirait l’autre.

Pole-emploi

Deuxio, être élue dans la Vienne implique d’y travailler, tout du moins à proximité… Ce qui, avec un Bac+5 en poche, n’est pas des plus évident! La fuite des cerveaux vers les grandes villes, Paris, Bordeaux, est une criante réalité de ma génération… (C’est aussi ça, lutter contre la métropolisation, soit dit en passant! Maintenir des emplois qualifiés ailleurs que dans les capitales!).

Être élue d’un parti minoritaire implique que l’on n’a pas que des amis. Un exemple. Deux jobs de rêve pour moi, deux lettres joliment rédigées, un entretien s’étant très bien passé, une première place parmi les candidats retenus, et finalement, deux coups de fil demandant à ce que la petite verte ne soit pas retenue pour ces postes.

Être élue implique que l’on n’a pas beaucoup de temps disponible! C’est s’excuser, en postulant pour un contrat à plein temps « de privilégier la recherche d’un emploi à temps partiel, avec un emploi du temps souple »… Car si être élu donne droit à des décharges d’heure par l’employeur lorsque l’on est déjà en fonction, c’est une chose de demander cet aménagement avec 20 ans de boîte derrière soi, et c’est autre chose d’arriver avec cette dot dans le panier de noces lorsque l’on postule…

Être Déléguée à la Vie Associative ouvre enfin la voie à des motifs de refus inattendus pour moi mais pourtant réitérés : le risque de conflits d’intérêts entre le monde associatif, lieu d’activité professionnel, et le monde associatif, bénéficiaire potentiel de financements régionaux…

Nul reproche à l’égard des employeurs dans mes propos, a fortiori dans un contexte où les candidats de qualité à chaque poste ne manquent pas. Mais une interrogation quant à la contribution -sans doute inconsciente- d’un certain nombre d’acteurs associatifs à un système dénoncé par ailleurs. Quelle chance est laissée à l’engagement de jeunes dans un mandat électif, hors d’un parcours d’apparatchik sécurisé dans les écuries d’un « grand » parti, si tout engagement précoce conduit à se rendre, de fait, très difficilement employable? Comment avoir des élus de  »terrain », conscients des enjeux du monde du travail, sans qu’une structure accepte la souplesse nécessaire à leur embauche? Comment défendre de manière éclairée le monde associatif auprès des acteurs publics si les élus ne peuvent pas en être partie prenante professionnellement ?

Résultat des courses : septembre 2016, après un an et quelques de recherches, une trentaine de réponses à des offres d’emploi (et c’est très peu! Privilège de la sécurité offerte par le mandat), trois candidatures spontanées, quatre entretiens, trois contrats temporaires précaires (vendeuse, prof contractuelle, directrice de colo), je n’avais aucune réponse positive. Si mon profil suscitait de la sympathie, jusqu’alors personne n’avait souhaité prendre le risque d’embaucher une jeune candidate, puis une jeune élue. Et zéro emploi stable en ce début d’automne…

D’aucuns disent qu’un élu devrait pouvoir se consacrer pleinement à son mandat. Pourquoi pas ! Mais cela n’est possible qu’à condition qu’il existe un vrai statut d’élu… Le saviez-vous ? Un élu ne cotise pas au chômage, et à la fin de son mandat, un élu n’a droit à rien, tout du moins rien qui s’apparente à la rupture d’un contrat de travail : pas de prise en charge par Pôle Emploi, pas d’indemnité permettant de voir venir à la fin du mandat… Pour peu qu’il ait passé du temps dans la bulle des couloirs ministériels ou régionaux uniquement, il est extrêmement dépendant du sens du vent politique, et se trouve fort dépourvu lorsque son parti est déchu.

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Fin de l’histoire, heureux dénouement ? L’espoir venant parfois de recoins inattendus, on vient me chercher via LinkedIn avec une offre alléchante dans le domaine de la coopération éducative internationale : tout à fait mon créneau ! On me propose une mission en free-lance, pour « tester notre partenariat », et à cette occasion on me demande (« une formalité ») de me constituer un statut indépendant… Me voilà donc micro-entrepreneuse, « Consultante en Politiques Educatives », rien que ça ! J’ai droit à la souplesse dans mon emploi du temps, et à travailler depuis chez moi ou dans le train, privilèges qui font des envieux. Mais, pour une rétribution fixe du même ordre que celle que j’avais en faisant du baby-sitting chez Yoopala, via une « convention de prestation de services », j’ai aussi le droit de ne pas cotiser au chômage, presque pas pour la retraite, et de ne bénéficier d’aucun engagement contractuel de long terme de la part du « client »… Les enquiquinements administratifs, URSAAF et autres nouveaux meilleurs amis : pour moi ! Les congés… Les quoi ?

Situation imposée par le mandat autant que par le besoin pressant d’avoir un emploi correspondant à mes études, me voici en plein dans l’« uberisation de l’emploi » ! Moi qui pensais que c’était uniquement un mot chic employé par David Pujadas au JT pour se la jouer branché… Mais non, « c’est la norme », me dit-on à Pôle Emploi. C’est dans l’air du temps. Heureusement que le boulot est intéressant !

Et je peux dire « Merci patron » ! Merci de me permettre de rester encore un peu dans la « génération précaire », de représenter encore un peu mes camarades jeunes au statut brinquebalant, plutôt que de m’enfermer dans un CDI à la carrière toute tracée… c’est si surfait de nos jours !

Léonore Moncond’huy

Uberisation

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