Le Front National, ce si pratique ennemi

     La vie politique régionale ne manque pas de ces moments vibrants, où, face à des prises de position de l’extrême droite de l’hémicycle, la majorité, voire la majorité élargie jusqu’aux abords de cette extrême-droite, se lance sous l’impulsion d’un orateur ou une oratrice enflammé-e dans de grandes envolées lyriques. Les sujets ne manquent pas : aux uns qui remettent en cause le droit à l’IVG, on répond féminisme avec un grand F ; aux mêmes qui dénoncent la motion « Terre d’Accueil » en faveur des migrants en maniant avec un art écœurant l’amalgame entre migration, islam, et terrorisme, on répond hospitalité avec un grand H, parcours familiaux vibrants, et rhétoriques bras ouverts.

     Ces moments sont sans aucun doute entraînants, on se laisse couler dans l’ambiance de franche camaraderie qui détend l’atmosphère, ça fait du bien de se serrer les coudes, aussi.
Ces moments sont aussi importants pour souder la majorité autour de valeurs communes, dans un contexte où les occasions de faire groupe ne sont pas si courantes. Les envolées lyriques des uns et des autres, et les invectives haineuses du camp d’en face qui réagit dès qu’on le gratouille, sont de grands moments de teambuilding régional ! Quoi de mieux qu’un ennemi commun pour fédérer des troupes, c’est bien connu !

     Je ne mets pas en question la sincérité des personnes qui incarnent ces envolées, et ces témoignages parfois très intimes. J’ai moi-même eu l’occasion de m’exprimer face au FN qui, à l’occasion du vote de la Charte de l’Egalité hommes-femmes, avait dénoncé pêle-mêle le droit à l’IVG et les « femmes musulmanes obligées de se voiler et de raser les murs du fait de l’oppression qu’elles subissent dans leur religion ». Beurk !

     Malgré tout, je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise, au bord de l’écœurement parfois, face à cette unanimité, qui ne résiste que peu à l’examen des faits. Un ennemi commun, d’autant plus s’il est caricatural comme certains énergumènes de la bande d’en face, est un bonhomme de paille que l’on aime à agiter pour se rassurer sur le fait que, oui, on est toujours du bon côté.

     Mais il est facile de se draper dans des grandes valeurs d’ « hospitalité », de « féminisme », de faire bloc contre de Grand Méchant FN qui incarne un ennemi « en chair et en os ». Et de jouer à se faire peur dans l’ascenseur en sortant de la plénière en se disant que « vraiment, si le FN passait, ce serait terrible ». Au-delà des airs de jeunes fille effarouchée, c’est bien plutôt « Merci le FN ! » que les grands pontes des partis dits « de gouvernement » pourraient dire ! Merci de nous donner une telle occasion de nous montrer unis, et d’éviter la remise en cause profonde de nos pratiques, tout en concourant de manière fort bienvenue au vote utile tel qu’il ne manquera pas d’être bientôt recherché…

       Mais une politique vraiment engagée implique d’aller plus loin !

     Bien sûr, nous sommes pour l’«Egalité des femmes et des hommes dans la vie locale ». Mais serions-nous vraiment prêts à ce que la Région prenne en charge les frais de garde des enfants pour les réunions tardives ? Serions-nous vraiment prêts à soumettre les organigrammes que nous sommes en train de construire à un strict impératif de parité ? Serions-nous prêts à nous soumettre à un instrument de mesure du temps de parole femmes-hommes dans l’hémicycle et en Commissions ?

     Bien sûr, nous sommes une « Terre d’Accueil » ! Mais quelle honte d’entendre notre majorité se gargariser de son hospitalité à l’égard des migrants, quel cynisme lorsque l’on voit la brutalité avec laquelle on a récemment fait procéder à un nombre d’expulsions jamais atteint auparavant, sans parler des évacuations de camps de migrants répétées sans aucune prise en compte des fragilités humaines derrière ces actions.

     Bien sûr, nous sommes contre la motion du FN demandant l’installation d’une crèche dans l’enceinte de l’hôtel de Région, dans la mesure où celle-ci constitue une pure provocation dans le contexte actuel, et dans le cadre d’un discours faisant un lien malsain entre les attentats de Berlin « liés à l’Islam » et le besoin de nous recentrer sur « nos valeurs chrétiennes ». Malgré tout, sommes-nous vraiment prêts à faire vivre l’idéal de la laïcité ouverte, qui demande non pas à cacher les religions, mais à permettre leur coexistence équilibrée dans l’espace public ? Les discours officiels actuels tendraient plutôt vers un laïcardisme assumé…

     Les dissensions politiques ne sont pas graves, elles sont même saines, si tant est que les paroles des uns et des autres soient en accord avec leurs actes. Politique débutante, je préfèrerais presque combattre un frontiste chevronné, extrême mais cohérent, plutôt qu’être malgré moi prise dans un consensus si « rond » qu’il n’offre aucune aspérité à laquelle s’attaquer, et qui n’a aucune prise avec des engagements de terrain. Faire de la politique, c’est choisir, c’est s’engager, et non pas se réduire à rechercher le plus petit dénominateur commun pour souder ses troupes.

     Passons au combat : mettons en concurrence … ou en commun! nos outils pour lutter contre le FN dans les faits, projet politique contre projet politique, en jouant la carte d’alternatives de terrain concrètes et engagées, au-delà des discours déconnectés du réel de nos actes.

 

Léonore Moncond’huy

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