Je suis une bande de jeunes à moi toute seule

La mission de « jeune de service » d’une assemblée est pleine de fraîches anecdotes, et est moins difficile qu’on pourrait se l’imaginer. Elle pose pourtant, par son aspect solitaire, de vraies questions de représentation démocratique de la jeunesse.

Être jeune Conseillère Régionale, au mieux, c’est une cure de jouvence garantie 6 ans, au pire, ça ne me change pas grand chose par rapport à la vie d’étudiante que je vois nostalgiquement s’éloigner… En Conseil Académique de la Vie Lycéenne, on me confond avec les lycéens sur la photo; en visite dans les services du site de Bordeaux, on m’accueille comme « la nouvelle stagiaire », et on me propose spontanément le tarif stagiaire à la cantine; en Commission Enseignement Supérieur, on me dit « Vous devez vous y connaître, vous! » à chaque fois qu’on parle d’insertion professionnelle… La jeunesse en politique est une chrysalide dont il est difficile de s’extraire!
C’est pourquoi quand on me demande si être jeune en politique est difficile, je réponds… Non. Pas du tout. Au contraire! Exister en politique, c’est aussi se différencier. Et à cet égard, être jeune offre des avantages comparatifs à peu de frais! – qui ne dureront pas, certes, mais dont l’on peut donc user avec d’autant moins de scrupules… Signe de fraîcheur dans la constitution d’une équipe, signe d’ouverture -que dis-je, de prise de risque!- au vent de la modernité pour des administration-mammouths, élément de « diversité visible » sur les supports de communication, le/la « jeune de service » est (trop?) souvent sollicité-e.
Dans ma fraîche expérience de la politique, la jeunesse ouvre par ailleurs des portes de bienveillance insoupçonnée, indépendamment du positionnement partisan, comme si l’ingénuité politique faisait resurgir le côté maternel de tout vieux briscard politique. On observe souvent une patience, une volonté de pédagogie de nos interlocuteurs de bonne volonté, qui permet de comprendre facilement les dossiers. De là à user savamment de cette ingénuité pour poser des questions « peut-être stupides », que vos collègues de 50 ans drapés dans leur dignité n’oseraient sans doute pas poser mais qui peuvent engager de petites avancées de fond, il n’y a qu’un pas…

Alors après, c’est vrai, il ne faut pas forcément s’attendre à être le grand chef. Être calife à la place du calife, ça viendra pour l’anniversaire des 40 ans – l’âge qu’aura Emmanuel Macron, l’ex-« jeune » du gouvernement, en 2017. Il faut s’habituer aux « tu verras, dans quelques années, tu comprendras ». Et la tentation est grande, pour nos collègues, de demander aux jeunes de s’occuper des trucs de jeunes… Je retrouve ainsi parfois mes petits camarades benjamins du FN, de LR et du PS dans les Groupements Inter-Assemblées (GIA) ou les Commissions Jeunesse et Sports. Parfois seulement, car ici comme ailleurs j’ai la plupart du temps l’impression d’y être « une bande de jeunes à moi toute seule », comme le chanterait notre Renaud national – à l’image, d’ailleurs, des associations « de jeunesse » dont les cadres bénévoles sont souvent retraités… Mais à trop se lover dans cette douillette catégorie de  »p’tite jeune de service », de « consultante jeunesse » de la Région, le CDD de  »Benjamine de l’Assemblée » pour six ans risque d’être long et peu varié…

 

Une jeunesse « papier glacé »?

Et ce sont là les limites des dispositifs « jeunesse » : si les « coups de pouce » à l’insertion des jeunes, les budgets participatifs lycéens, les conseils de jeunes, sont une vraie nécessité pour certains, et souvent de très bons outils d’éducation populaire, et ils ne doivent pas pour autant enfermer les jeunes dans un certain rôle social infantilisé, à l’autonomie réduite, dont la légitimité à intervenir dans la vie de la cité serait cadrée et limitée. En démocratie un-e élu-e représente l’ensemble de la population, et à ce titre un-e jeune élu-e est autant légitime à avoir la parole en matière de santé, de logement, d’agriculture, de finances, que de mobilité étudiante ou d’aide à l’insertion professionnelle.

« Jeune », au-delà d’un âge de la vie, n’est pas une catégorie en soi. D’aucuns disent même que le concept même de jeunesse est un luxe qui n’est pas offert à tou-te-s, ainsi le Eddy Bellegueule d’Edouard Louis décrit-il

« Les femmes caissières […] qui s’habituent aux poignets, aux mains qui se paralysent, aux articulations érodées à l’âge où d’autres débutent des études, sortent le week-end, comme si la jeunesse n’était en rien une donnée biologique, une simple question d’âge ou de moment de la vie, mais plutôt une sorte de privilège réservé à ceux qui peuvent -de par leur situation- jouir de toutes ces expériences, de tous ces affects qu’on appelle adolescence ».

La population des 18-30 ans est aussi diverse d’un point de vue éducatif, culturel, social, que la population française en elle-même. Il semble donc absurde, voire dangereusement réducteur, de ne solliciter qu’un-e jeune élu-e pour être l’ « expert du quotidien » de l’ensemble de la jeunesse – jeune élu-e souvent issu-e d’un milieu favorisé, et correspondant à l’image confortable d’une jeunesse gentiment engagée et peu subversive pour l’institution. Eh non : moi, et mes plus jeunes camarades élus, ne sommes pas représentatifs de la jeunesse française! Il est essentiel, comme aiguillon de notre démocratie, que les bandes de jeunes élus s’élargissent, recrutent, pour que les bancs de nos assemblées se remplissent de jeunes caissier-ère-s, services civiques, étudiant-e-s, entrepreneur-euse-s, qui se complètent, se cherchent, s’opposent, et obligent à dépasser la jeunesse « papier glacé » qui est loin d’être fidèle aux réalités de notre génération.

Léonore Moncond’huy

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